DIU de médecine esthétique et FST
Le SNDV a pour mission de défendre l’ensemble des modes d’exercice de la dermatologie, libéral, hospitalier et mixte, médical comme interventionnel, chirurgical et esthétique et ce dès la formation des internes. Préparer l’avenir de la spécialité suppose de veiller, aujourd’hui, à ce que chaque dermatologue conserve demain la pleine maîtrise de son champ de compétence. C’est à ce titre que nous suivons avec attention le dossier de la médecine esthétique.
La médecine esthétique connaît depuis plusieurs années un essor considérable et, jusqu’à récemment, une pratique largement non encadrée et non régulée, avec un afflux de médecins d’autres spécialités, généralistes pour la plupart. C’est dans ce contexte qu’a été créé le Diplôme Inter-Universitaire (DIU) de médecine esthétique.
Un DIU et un droit d’exercice complémentaire pour encadrer l’accès à la médecine esthétique
Le diplôme et son programme sont nés d’une réflexion conjointe du SNDV, du syndicat des chirurgiens plasticiens et des deux sociétés savantes correspondantes. Face à une demande de soins esthétiques en croissance continue, l’objectif était précis : bâtir une formation solide, validante et limitante, au service de l’amélioration du parcours de soins des patients.
Le Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM), garant de la qualité et de la sécurité des soins, a accompagné et reconnu cette démarche. Sa mise en œuvre a été confiée aux Collèges Nationaux Professionnels (CNP) de dermatologie et de chirurgie plastique, les deux disciplines qui ont en charge l’enseignement de la médecine esthétique en France. Que l’initiative soit portée par les médecins eux-mêmes et par les universitaires des deux spécialités reconnues dans cet exercice et non par des acteurs privés ou industriels garantit l’indépendance scientifique et pédagogique du diplôme.
Depuis les textes publiés le 9 juillet 2026, ce dispositif s’inscrit désormais dans un cadre réglementaire avec la création d’un droit d’exercice complémentaire. La médecine esthétique figure parmi les activités concernées, et l’examen des compétences repose sur des commissions ordinales et sur un référentiel élaboré avec les Collèges Nationaux Professionnels concernés.
Position constante de l’Ordre rappelée publiquement : la formation initiale ne peut être qu’universitaire ; l’Ordre ne reconnaîtra jamais une formation privée, et encore moins une formation assurée par des industriels.
Le dispositif : un DIU sur deux ans, et un droit d’exercice complémentaire
Le DIU : Des facultés ont répondu à l’appel avec six enseignants coordonnateurs, tous professeurs de dermatologie ou de chirurgie plastique. La formation se déroule sur deux ans et s’achève par un examen. À l’issue, le titulaire peut faire figurer la mention « diplôme inter-universitaire de médecine esthétique » et se prévaloir du titre de médecin esthétique.
Pour les médecins qui exercent déjà cette activité, un droit d’exercice complémentaire est prévu. Le praticien dépose un dossier examiné par une commission composée de spécialistes en chirurgie plastique et en dermatologie ainsi que de représentants ordinaux, sous l’égide du CNOM. Cette validation des acquis de l’expérience ouvre elle aussi au droit d’exercice.
Instauré d’abord par l’Ordre via le DIU, l’encadrement dispose désormais d’un fondement réglementaire. Trois textes publiés le 9 juillet 2026 créent un droit d’exercice complémentaire pour les médecins :
- Le décret n° 2026-611 du 9 juillet 2026 relatif aux conditions dans lesquelles les docteurs en médecine peuvent obtenir un droit d’exercice complémentaire dans leur spécialité
- L’arrêté du 9 juillet 2026 fixant la composition des commissions et la procédure d’examen des dossiers
- L’arrêté du 9 juillet 2026 fixant la liste des activités médicales soumises à ce droit d’exercice complémentaire.
La médecine esthétique figure dans cette liste aux côtés des médecines thermale, de montagne, aéronautique, hyperbare et subaquatique et fera par ailleurs l’objet de textes d’encadrement spécifiques. La validation est confiée aux commissions ordinales, au sein desquelles siègent les CNP de dermatologie et de chirurgie plastique ; l’évaluation des dossiers s’appuie sur un référentiel élaboré par les CNP compétents, sous l’égide de la Fédération des Spécialités Médicales (FSM).
Références : décret n° 2026-611 du 9 juillet 2026 (Légifrance, JORFTEXT000054408070) et arrêtés du même jour ; le décret abroge le décret n° 2012-637 du 3 mai 2012. La délivrance du droit d’exercice complémentaire relève du conseil départemental de l’Ordre des médecins.
Un accès délibérément contingenté
Le nombre de médecins formés chaque année est volontairement limité, ce qui répond à l’objectif affiché par le CNOM de réguler le nombre de praticiens exerçant la médecine esthétique. Cette limitation repose sur plusieurs leviers : un nombre restreint de facultés habilitées (trois à ce jour), une sélection nationale sur dossier (lettre de motivation, analyse des expériences préalables), et non une simple inscription payante ; des promotions à effectifs maîtrisés, adossées à des capacités de stage et de tutorat elles-mêmes limitées.
Ce contingentement est une garantie de qualité : il évite la massification d’un diplôme qui perdrait alors toute valeur, et il protège le sens même du titre.
Dermatologues et plasticiens : la médecine esthétique est dans notre maquette
Le DIU ne s’adresse pas aux spécialistes en dermatologie et en chirurgie plastique reconstructrice et esthétique : leur formation à la médecine esthétique est incluse dans leur cursus initial (maquette du DES).
Les difficultés du départ : la question de la financiarisation
La mise en œuvre initiale du dispositif ne s’est pas faite sans difficultés. Des interrogations ont porté sur le modèle économique de certains DIU et sur le risque de financiarisation du diplôme. Ces éléments ont fait l’objet d’articles dans la presse grand public.
La position du SNDV est claire : un diplôme né de la volonté de l’Ordre, des sociétés savantes et des syndicats doit rester un outil de régulation au service de la sécurité des patients, et non un produit dont la logique économique prendrait le pas sur l’exigence pédagogique. Le SNDV restera attentif à la gouvernance et au modèle financier des DIU concernés.
Point de vigilance : le projet de FST
Un projet est aujourd’hui porté par certains universitaires : la création d’une Formation Spécialisée Transversale (FST) de médecine esthétique. Dans sa très large majorité, le CNP de dermatologie a marqué son opposition à ce projet. Le SNDV partage cette position.
Le cadre du 9 juillet 2026 fait précisément reposer l’accès à la médecine esthétique sur une évaluation par les commissions ordinales et un référentiel maîtrisé par les CNP de dermatologie et de chirurgie plastique et reconstructrice. Or une FST est un diplôme universitaire : ses titulaires seraient enregistrés directement par le CNOM, comme pour un DES, sans passage par cette commission. Transformer la médecine esthétique en FST reviendrait donc à contourner le mécanisme de contrôle que la profession vient d’obtenir.
Les motifs de l’opposition du SNDV :
- Une FST peut être rendue opposable. Elle pourrait, à terme, être imposée aux dermatologues et aux plasticiens eux-mêmes alors que la médecine esthétique fait déjà partie de leur maquette de formation. Ce serait exiger la validation d’une formation supplémentaire pour une compétence qu’ils détiennent déjà de plein droit.
- Un risque spécifique pour les internes. Pour les internes de dermatologie et de chirurgie plastique, la médecine esthétique est déjà acquise au sein de leur maquette. En faire une FST, formation qui exige un temps de formation dédié et dont le nombre de postes est contingenté chaque année, reviendrait à conditionner, et donc à restreindre, la validation d’une compétence qui relève déjà de leur cursus. Seule une fraction des internes pourrait la valider par promotion, limitant pour l’avenir leur droit à exercer pleinement un champ qui leur appartient.
- L’équilibre construit au départ serait fragilisé. Le dispositif actuel (DIU et droit d’exercice complémentaire) est régulé par le CNOM et les deux spécialités organisatrices. Lui substituer une FST relevant d’une autre logique universitaire reviendrait à retirer à la dermatologie et à la chirurgie plastique la maîtrise d’un champ qui relève de leur compétence.
- Le consensus professionnel fait défaut. Passer outre l’opposition majoritaire du CNP de dermatologie diviserait la profession et affaiblirait la crédibilité du cadre de régulation mis en place.
La position du SNDV
Le SNDV soutient le cadre existant (DIU et droit d’exercice complémentaire, reconnus par le CNOM) parce qu’il régule enfin une pratique qui ne l’était pas, tout en préservant la place légitime des dermatologues et des plasticiens.
En revanche, le SNDV s’opposera à toute tentative :
- D’imposer une FST de médecine esthétique aux dermatologues et plasticiens, dont la maquette couvre déjà ce champ
- De dériver le dispositif vers une logique de financiarisation au détriment de sa vocation de sécurité sanitaire
- De contourner l’opposition du CNP de dermatologie et de la FSM
Nous vous tiendrons informés de l’évolution de ce dossier et des démarches engagées auprès des instances concernées.