Intelligence artificielle et dépistage des cancers de la peau : le SNDV exige une garantie humaine par les experts que sont les dermatologues
Des cabines de photographie corporelle intégrale, associées à des logiciels d’intelligence artificielle, sont présentées comme une révolution du dépistage des cancers cutanés. Le Syndicat National des Dermatologues-Vénéréologues soutient l’innovation au service des patients. Il rappelle toutefois que l’IA ne pose pas de diagnostic. Seul le dermatologue peut interpréter ces images et assurer la prise en charge du patient.
Des outils utiles, mais qui ne remplacent pas l’expertise médicale
Les études internationales montrent que les algorithmes laissent passer des mélanomes [1, 2]. Ils sont moins performants sur les peaux foncées et sur les pathologies rares [3]. Les meilleurs résultats sont obtenus quand le dermatologue expert et l’outil travaillent ensemble [4, 5].
Le règlement européen sur l’intelligence artificielle impose un contrôle humain par des personnes compétentes, qui connaissent les capacités et les limites du système [6]. Selon la Haute Autorité de santé, c’est au dermatologue qu’il revient de confirmer une suspicion de mélanome [7, 8]. En radiologie, la décision finale revient toujours au radiologue [9, 10]. Il doit en être de même pour la peau.
Dépister plus n’est pas dépister mieux
Le seul essai randomisé consacré à ces cabines a été mené chez des patients à haut risque. Il a conduit à davantage d’exérèses (905 contre 622), sans détecter plus de mélanomes, et pour un coût supérieur [11, 12]. Multiplier les examens expose au surdiagnostic [13]. Les autorités de santé ne recommandent pas de dépistage en population générale [7, 8, 14]. Le dépistage doit cibler les personnes à risque [8].
Un dépistage s’inscrit dans un parcours de soins
Face à une lésion suspecte, il faut décider de l’exérèse, faire analyser la lésion au laboratoire d’anatomopathologie, annoncer le diagnostic et organiser le suivi. Une image vendue à l’acte, sans suivi, ne constitue pas un parcours de soins. Les dermatologues se sont déjà organisés, notamment au sein des équipes de soins spécialisés [15].
Le SNDV partage par ailleurs l’alerte du Sénat sur la financiarisation de la santé : la rentabilité des équipements ne doit pas dicter l’activité [16].
Vers une garantie humaine de l’IA en dermatologie
Le principe de garantie humaine de l’IA en santé est inscrit dans la loi de bioéthique de 2021 [17]. Le SNDV a engagé la constitution d’un collège de garantie humaine de l’IA en dermatologie, qui a commencé ses travaux. Ce collège réunit des dermatologues hospitaliers et libéraux, experts en imagerie cutanée et en oncodermatologie. Il a vocation à associer les représentants des patients et rendra ses premières conclusions d’ici début 2027. À partir de situations cliniques, il analyse les écarts entre les résultats des outils et l’appréciation clinique. Il repère les biais, en particulier selon les types de peau, et propose des améliorations.
L’objectif est triple : un dermatologue qui conserve la maîtrise de la décision médicale, un patient informé de la place de l’IA dans sa prise en charge, et une organisation capable de corriger les usages.
Les demandes du SNDV
- Que toute image cutanée analysée par l’IA soit lue par un dermatologue.
- Que ces examens soient réservés aux personnes à risque, sur avis dermatologique.
- Qu’ils s’inscrivent dans un parcours de soins coordonné.
- Que la logique financière ne prime jamais sur l’intérêt des patients.
- Que le public reçoive une information juste et vérifiée.
- Que les outils d’IA en dermatologie fassent l’objet d’une garantie humaine associant dermatologues et patients.
L’intelligence artificielle est une chance pour nos patients, à une condition : qu’elle reste sous le contrôle des dermatologues.
Contacts presse :
MCS COM – Sandra Bozzi | Tél : 06 17 60 22 50 | Mail : sbozzi@mcscom.fr
SNDV – Thibault Moulin | Tél : 07 56 38 97 60 | Mail : contact@sndv.org
Sources:
1. Chuchu N, et al. Cochrane Database Syst Rev. 2018;(12):CD013192.
2. Freeman K, et al. BMJ. 2020;368:m127.
3. Daneshjou R, et al. Sci Adv. 2022;8(32):eabq6147.
4. Tschandl P, et al. Nat Med. 2020;26(8):1229-1234.
5. American Academy of Dermatology. Position Statement on Augmented Intelligence, révisé le 12 août 2023.
6. Règlement (UE) 2024/1689 du 13 juin 2024, art. 14.
7. HAS. Stratégie de diagnostic précoce du mélanome, novembre 2006.
8. HAS, INCa. Actualisation de la revue de la littérature sur la détection précoce du mélanome cutané, juillet 2012.
9. Santé publique France. Évaluation du programme de dépistage du cancer du sein (première et deuxième lectures par des radiologues).
10. Lång K, et al. Lancet Oncol. 2023;24(8):936-944 ; essai MASAI, résultats finaux, Lancet. 2026;407:505-514.
11. Soyer HP, et al. JAMA Dermatol. 2025;161(5).
12. Lindsay D, et al. JAMA Dermatol. 2025;161(5).
13. Welch HG, et al. N Engl J Med. 2021;384(1):72-79.
14. USPSTF. JAMA. 2023;329(15):1290-1295.
15. Code de la santé publique, art. L. 1411-11-1 ; ARS Île-de-France.
16. Sénat. Rapport d’information n° 776 (2023-2024), 25 septembre 2024.
17. Loi n° 2021-1017 du 2 août 2021 relative à la bioéthique (art. L. 4001-3 CSP).